BTP
Action directe du sous-traitant : comment se faire payer même si l'entreprise principale ne paie pas
Publié le 23 septembre 2026 · 6 min de lecture
Action directe du sous-traitant : comment se faire payer même si l'entreprise principale ne paie pas
Vous êtes sous-traitant sur un chantier. Vos travaux sont terminés, conformes, validés. Mais l'entreprise principale qui vous a fait travailler ne vous paie pas — parce qu'elle traverse elle-même des difficultés, ou tout simplement parce qu'elle ne veut pas payer. Beaucoup de sous-traitants pensent, à tort, qu'il n'existe qu'une seule solution : attendre, relancer, puis engager une procédure longue et incertaine contre une entreprise qui n'a peut-être plus les moyens de payer.
Il existe pourtant un droit bien plus direct, prévu par la loi française depuis 1975, et pourtant largement méconnu sur le terrain : l'action directe du sous-traitant.
Qu'est-ce que l'action directe ?
L'action directe permet à un sous-traitant impayé de réclamer le paiement de sa créance directement auprès du maître d'ouvrage — c'est-à-dire le client final, celui qui a commandé et financé les travaux — sans avoir à passer par l'entreprise principale défaillante.
Concrètement : si vous êtes plombier et que vous êtes intervenu en sous-traitance pour une entreprise générale sur un chantier de rénovation chez un particulier ou une société, et que cette entreprise générale ne vous paie pas, vous pouvez, sous certaines conditions, vous adresser directement au propriétaire du chantier pour obtenir votre dû.
Ce mécanisme est prévu par l'article 12 de la loi n°75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance. Ce n'est pas une pratique commerciale ou un arrangement à l'amiable : c'est un droit légal, opposable, qui existe précisément pour protéger les sous-traitants contre la défaillance de l'entreprise principale.
Pourquoi ce droit existe
Le législateur de 1975 a voulu corriger un déséquilibre structurel du secteur du BTP : le sous-traitant est souvent la partie la plus fragile de la chaîne, alors qu'il porte une grande partie du risque opérationnel (avance de matériaux, main-d'œuvre, délais). Si l'entreprise principale fait faillite ou refuse de payer, le sous-traitant se retrouvait historiquement démuni, contraint d'attendre une éventuelle liquidation judiciaire pour espérer récupérer une fraction de sa créance.
L'action directe inverse cette logique : elle permet d'aller chercher l'argent à la source, chez celui qui a réellement financé le chantier, plutôt que d'attendre qu'un intermédiaire en difficulté vous reverse une somme qu'il n'a peut-être plus.
Les conditions pour exercer l'action directe
L'action directe n'est pas automatique. Plusieurs conditions doivent être réunies :
1. Un contrat de sous-traitance valable. La relation entre vous et l'entreprise principale doit être formalisée par un contrat de sous-traitance, idéalement écrit.
2. Une mise en demeure préalable de l'entreprise principale restée sans effet. Avant de vous tourner vers le maître d'ouvrage, vous devez avoir formellement mis en demeure l'entreprise principale de vous payer, par lettre recommandée avec accusé de réception, et cette mise en demeure doit être restée sans résultat pendant un délai d'un mois.
3. Le maître d'ouvrage doit encore devoir de l'argent à l'entreprise principale. L'action directe ne peut porter que sur les sommes que le maître d'ouvrage n'a pas encore versées à l'entreprise principale au moment où vous exercez votre droit. S'il a déjà tout payé, l'action directe devient inopérante — d'où l'intérêt d'agir rapidement dès qu'un impayé se profile.
4. Le sous-traitant doit avoir été agréé (dans certains cas). Sur les marchés publics notamment, l'entreprise principale a l'obligation de faire agréer ses sous-traitants par le maître d'ouvrage. Cette formalité renforce la sécurité juridique de l'action directe.
Comment exercer concrètement l'action directe
Étape 1 — Mettre en demeure l'entreprise principale. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception réclamant le paiement, en fixant un délai raisonnable (souvent 8 à 15 jours, avant le délai légal d'un mois qui doit s'écouler avant l'action directe).
Étape 2 — Attendre l'expiration du délai d'un mois. Si l'entreprise principale ne répond pas ou ne paie pas dans ce délai, vous pouvez exercer l'action directe.
Étape 3 — Notifier le maître d'ouvrage. Adressez au maître d'ouvrage, également par lettre recommandée avec accusé de réception, une demande de paiement direct, en joignant les justificatifs de votre créance (contrat de sous-traitance, factures, mise en demeure restée sans effet).
Étape 4 — Le maître d'ouvrage doit alors régler directement le sous-traitant, dans la limite de ce qu'il doit encore à l'entreprise principale.
Un exemple concret
Une entreprise générale de rénovation fait appel à un électricien en sous-traitance pour un chantier de 40 000 € chez un particulier. L'électricien réalise ses travaux pour un montant de 6 000 €, facturés et non contestés. L'entreprise générale, en difficulté financière, ne le paie pas malgré plusieurs relances.
Si le particulier (maître d'ouvrage) n'a pas encore réglé la totalité des 40 000 € à l'entreprise générale au moment où l'électricien exerce son action directe, celui-ci peut obtenir le paiement de ses 6 000 € directement auprès du particulier — qui déduira ensuite cette somme de ce qu'il doit encore à l'entreprise générale.
Les limites à connaître
L'action directe est puissante, mais elle a des limites qu'il faut garder à l'esprit :
- Elle ne fonctionne que si le maître d'ouvrage doit encore de l'argent à l'entreprise principale. Si le chantier est déjà entièrement soldé, l'action directe ne peut rien récupérer.
- Elle suppose un formalisme précis (mise en demeure, délai d'un mois, notification) qui doit être respecté à la lettre pour être opposable.
- Elle ne dispense pas d'une vigilance en amont : mieux vaut sécuriser le paiement dès la signature du contrat de sous-traitance plutôt que de devoir activer ce mécanisme en urgence.
Sécuriser le paiement en amont plutôt que d'agir en urgence
L'action directe reste un recours précieux, mais elle intervient toujours après un impayé — avec le stress, le formalisme et les délais que cela implique. La meilleure protection reste d'éviter d'en arriver là : en sécurisant le paiement dès la signature du devis, avec un compte de garantie qui bloque les fonds du client avant même le début du chantier et les libère au fil de l'avancement des travaux.
C'est exactement l'approche de CertiPay : les fonds du client sont mis de côté dès le départ, jalon par jalon, pour que vous n'ayez jamais à vous demander si vous serez payé — ni à activer une action directe en dernier recours.
Cet article a un caractère informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation précise, rapprochez-vous d'un avocat spécialisé en droit de la construction.
Questions fréquentes
L'action directe fonctionne-t-elle sur les chantiers privés et publics ?
Oui, la loi de 1975 s'applique aux deux, avec des formalités d'agrément du sous-traitant renforcées sur les marchés publics.
Que se passer si le maître d'ouvrage refuse de payer malgré une action directe régulière ?
Vous pouvez alors engager une procédure judiciaire (référé-provision si la créance n'est pas sérieusement contestable, ou assignation classique) pour faire valoir votre droit.
L'action directe empêche-t-elle de poursuivre l'entreprise principale par ailleurs ?
Non, elle s'exerce en complément, pas à la place, des autres recours possibles contre l'entreprise principale défaillante.
Articles similaires
Prêt travaux et facture bloquée : comment débloquer les fonds avant le début du chantier
Prêt travaux facture bloquée ? Débloquez les fonds avant le chantier grâce à la facture d'acompte, acceptée dès la signature du devis par les banques.
23 septembre 2026 · 5 min de lecture
Lire l'article →Sécurisez vos paiements avec CertiPay
Zéro impayé, jalons suivis, relances automatiques.
Commencer gratuitement